Traité des trois imposteurs

Bien avant (6 siècles au moins) le communisme, un spectre a hanté l’Europe : celui de l’athéisme, puisque le traité anonyme des « Trois imposteurs » y aurait circulé dès le 13 ème siècle.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9_des_trois_imposteurs

On trouve le texte en ligne ici:

http://pagesperso-orange.fr/union.rationaliste44/Cadres%20Dossiers%20en%20Ligne/Dossiers_en_ligne/Philosophie/trois%20imposteurs.htmr/PM3Imposteurs.pdf

En fait, les différentes versions du livre des trois imposteurs qui nous sont parvenues datent de beaucoup plus tard, du 17 ème siècle ; à l’époque il était encore dangereux de proférer des thèses « libertines » (Théophile de Viau, Gabriel Naudé), comme d’être protestant, cela le resta en fait jusqu’à la révolution française, qui seule donna à chacun le droit d’opter pour la religion de son choix, comme de ne pas opter (le dernier protestant mis à mort le fut sous Louis XV, en 1771).

Ernest Renan plaçait déjà les sources de la pensée athée, ou « libertine », en milieu arabo-musulman, chez Averroès d’après lui.

L’article de Patrick Marcolini sur les sources arabes de l’athéisme moderne fait le point sur ces problèmes et fait justice de quelques mythes, comme celui de la tolérance de l’Islam andalou (par contre Jacques Attali semble être tombé dans le panneau, à moins qu’il n’en soit l’un des instigateurs); cet article peut être lu ici :

http://alemore.club.fr/PM3Imposteurs.pdf

comme aussi sur le blog « Omphalos et Metanoia » qui possède un intérêt propre :

http://omphalos-metanoia.blogspot.com/2008/01/les-origines-arabes-de-lathisme.html

http://omphalos-metanoia.blogspot.com/2008/01/les-origines-arabes-de-lathisme_07.html

En fait il semble qu’on ait surtout fantasmé à propos d’Averroès, et qu’on lui ait fait dire ce que l’on n’osait pas dire à l’époque en Europe (car cela vous menait directement au bûcher).

Si les débats sur les valeurs comparées des trois « monothéismes » (juif, chrétien, musulman) furent plus vifs en terre d’Islam, c’est tout simplement que c’est là seulement que le problème se posait : il s’agissait évidemment de faire tourner la discussion au profit du « dernier » des trois monothéismes, l’ Islam, et c’est bien ce qui se passait toujours; mais il reste que le fait que certains débats puissent avoir lieu était jugé (à tort) comme une marque de « tolérance, préfiguratrice du scepticisme ou de l’athéisme moderne ».

On a si bien fantasmé sur Averroès (Ibn Rushd) qu’on lui a prêté, évidemment à tort, le mot suivant , qui pourrait être considéré comme un résumé du livre des « Trois imposteurs » (c’est à dire Moîse, Jésus et Mahomet):

« Il y a trois religions […] dont l’une est impossible, c’est le christianisme ; une autre est une religion d’enfants, c’est le judaïsme ; la troisième est une religion de porcs, c’est l’islamisme. »

Mais Averroès était bel et bien un musulman sincère et convaincu, même si son idéal de philosophe lui donnait une certaine tolérance, voire rigueur intellectuelle. On doit cependant noter qu’il s’agissait, par force, d’un esprit profondément clivé et même schizoïde, puisqu’il était partagé entre deux lignes de forces absolument inconciliables : la philosophie d’Aristote, qu’il admirait, et les croyances propres au monothéisme judeo-christiano-coranique…selon la première, l’âme individuelle ne saurait jouir d’un destin après la mort, contrairement aux thèses fondatrices de la seconde.

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