A serious man

http://www.lemonde.fr/cinema/article/2010/01/19/joel-coen-nous-n-avons-rien-a-reprocher-a-nos-parents-sauf-de-nous-avoir-prives-d-une-enfance-interessante_1293767_3476.html#ens_id=822996

http://www.lemonde.fr/cinema/article/2010/01/19/a-serious-man-larry-emporte-par-ses-droles-de-drames_1293766_3476.html

http://www.mksnyder.org/popculture/Pop%20Music/somebodytolove.htm

Le mot « juif », en hébreu : YeHOUDI, provient du mot YeHOUDAH (« Juda ») , qui consiste en l’insertion d’une « porte », celle de la lettre Daleth:

 ד

 dans le Nom imprononçable de « Dieu »:

יהוה

d’où le mot YEHOUDAH (après insertion de Daleth):

יהודה

Le Nom imprononçable peut être traduit par « Ce qui fut, est, et sera » : c’est l’Etre, envisagé statiquement, l’éternité immobile de Parménide, la A-théorie du temps de Mac Taggart :

http://plato.stanford.edu/entries/time/

Y insérer une « porte », un « passage », revient à transformer cette « éternité immobile » en « éternité qui s’écoule », de type héraclitéen donc, en la B-théorie du Temps de Mac Taggart.

Les « juifs » sont ainsi ceux qui insèrent un passage , une porte, dans l’éternité immobile : les passeurs du Temps.

(Je dois ces idées sur l’origine du mot « juif »  à Marc-Alain Ouaknin, dans son petit livre sur la Kabbale).

Doit on alors s’étonner, comme les frères Coen (voir leur interview ci dessus) de « voir des juifs dans des avions » ?

oui, si la judaïté est conçue, comme souvent, comme fidélité au passé le plus reculé (encore que les Chinois offrent l’exemple d’une civilisation encore plus ancienne que celle des « hébreux » de la bible)

Non, si comme Marc-Alain Ouaknin on conçoit les « juifs » comme « passeurs du Temps »…car ils ont alors, en quelque sorte, « partie liée » avec ce passage du Temps, et donc avec les transformations matérielles et spirituelles qui y sont liées.

C’est d’ailleurs un des « reproches » et griefs communs des antisémites contre ce peuple qui serait « complice », voire promoteur des mutations de l’âge moderne, et des malheurs que cela entraîne pour le plus grand nombre…

Mais les « juifs » sont aussi liés à l’introduction du monothéisme dans l’Histoire, et d’après la prière du « Shma », l’une des bases fondamentales du judaïsme, ceci leur fait obligation d’écouter :

« Shma’ Yitsrael, Adonai Eloheinou, Adonai EHAD »

« Ecoute, Israel, l’Eternel est notre Dieu, l’Eternel est UN ».

Pour l’hébreu c’est l’écoute, l’oreille qui est l’instrument de communication avec le divin, et cela amène à l’éthique; pour le grec c’est la vue, l’oeil, et cela amène à la théorie, à la science.

Quand David Lynch, au début de « Blue Velvet », montre une oreille coupée dans l’herbe, nous pouvons être assurés que nous sommes dans un monde égaré , coupé de tout contact avec Dieu, et c’est bien le cas…

Dans « Serious man », c’est le même scénario, présenté très différemment, sur le mode humoristique : au début du film (après le prélude qui se déroule en Europe) , le fils de Larry Gopnik , au lieu de faire attention au  cours d’hébreu, écoute (avec ce qui s’avère être l’ancêtre de nos portables modernes, puisque le film est censé se dérouler en 1967) la chanson des Jefferson Airplane : « Somebody to love » (dont on verra à la fin qu’elle possède une importance spéciale).

Nous sommes ainsi immédiatement  jetés dans la thématique principale, qui d’après l’article ci dessus explique toute l’oeuvre des Coen : l’acculturation des communautés juives aux USA. Le jeune garçon juif fait ses études dans une école juive, il apprend l’hébreu, il se prépare à sa Bar Mitsva, mais il a perdu le contact avec les sources vives, puisqu’il « écoute » de la musique profane plutôt que la Loi divine (qui n’est pas une loi).

Or cette situation est « normale », si nous nous rappelons que c’est Ismael (l’ancêtre des arabo-musulmans) qui « écoute fidèlement », comme l’indique l’étymologie de son nom (Ishma-El = littéralement écoute-Dieu), alors qu’Israel veut dire : celui qui lutte avec Dieu (d’après le combat de Jcob avec l’ange).

Israel est « le peuple à la nuque raide », il refuse d’écouter, d’obéir à celui qui le comble de ses bienfaits.

Mais n’est ce pas nécessaire si Israel doit être le passeur des Temps, la « porte » (qui est le « maintenant » fluent dans l’Eternité)  de la transformation historique ?

J’ai déjà mis en garde contre la confusion (si évidente chez Badiou) du particulier et de l’universel, qui est à mon avis l’origine de l’antisémitisme ainsi que de tous les racismes dits « assimilationnistes ».

il y a un particularisme juif, que nous connaissons bien, et qui justifie l’existence d’un état national juif, pour que , au niveau du particulier du moins, les juifs « ressemblent » à tous les autres peuples.

Mais au niveau de l’universel, ces séparations (relatives) tombent, et seule compte la contribution, qui est grande, du peuple juif au trésor commun de la Sagesse humaine : on accorde trop d’importance, en nos temsp déboussolés, à ce qui sépare les hommes, et il me semble que c’est l’un des messages que les frères Coen veulent faire passer, de la façon « humoristique », voire provocatrice , qui est la leur..

j’ai regardé le générique de fin jusqu’au bout (il dure plusieurs minutes) et j’ai été récompensé de ma patience : juste à la fin, après le traditionnel « aucun animal n’a subi de nuisances du fait de ce film » vient un « No jew was harmed …etc.. » (« aucun juif n’a subi de nuisance du fait de ce film »)…

Le « héros » du film, Lawrence Gopnik, est un professeur de physique juif, affronté à un monde, à des circonstances de plus en plus inquiétantes qui semblent « converger » pour l’écraser.

Est ce là un personnage typiquement  « juif » ? oui si l’on songe aux nouvelles de Kafka….

Non, ou plutôt : « qu’importe ? » si l’on admet que « juif » n’est pas seulement un prédicat ethnique, celui d’un peuple particulier, mais pointe plutôt vers ce qui est universel en l’Homme..

Et je ne crois pas trahir l’intention des frères Coen en reconnaissant que les « mésaventures » (pour ne pas dire plus) de Larry Gopnik nous « concernent » tous, en ce sens que sa situation d’être « écrasé » et « précaire », toujours sur le point de s’effondrer et d’être anéanti par l’adversité, est, et sera de plus en plus, celle de tout être humain en ces temps de globalisation et de « nomadisme généralisé ».

Et qu’il se pourrait donc bien que le slogan de 68 : « Nous sommes tous des juifs allemands » soit plus qu’une boutade un peu provocatrice…

Parlons un peu des « trois rabbins » que rencontre Larry dans sa quête désespérée d’un peu d’aide, humaine et « spirituelle ».

Au fond, ne disent ils pas tous un peu la même chose ? et ne sont ils pas, si l’on met de côté l’agacement et l’intention sans doute un peu « agressive » des frères Coen, finalement… »honnêtes » ?

Le premier, le jeune rabbin, situe les « problèmes » de Larry au niveau de la perception de l’action de Ha Shem (= « Dieu ») dans notre vie : c’est parce que nous (nous tous, juifs ou non juifs) ne savons plus et ne pouvons plus voir avec évidence la « réalité » de Dieu que nous souffonrs : au fond, il s’agit là du constat commun des philosophes modernes et post-modernes constatant que « le divin s’est retiré »…

le second lui raconte une histoire à dormir debout  pour lui montrer que l’homme est incapable de « comprendre » le « langage » de Dieu (c’est à dire le sens ultime de ce qui lui arrive dans la vie) , mais que finalement cela importe peu s’il en tire la seule leçon nécessaire du judaïsme qui est « na’asseh » : « FAIRE ! » : agir, et aimer les autres , donc agir pour leur bien, avec discrimination de ce qu’ il est souhaitable de faire…

quant au troisième, il ne le reçoit même pas : l’épouse du rabbin ouvre la porte du bureau de celui ci, et Larry peut voir le rabbin plongé dans ses pensées, contemplatif, immobile…et l’épouse revient en lui disant que « le rabbin est trop occupé, il ne pourra pas le recevoir »…

Dérision ? humour ? peut être pas, si l’on songe que le « non agir » est peut être l’agir suprême, et que pour « aider » quelqu’un qui pose de fausses questions et qui se torture avec de faux problèmes, le mieux est peut être de garder le silence !

C’est d’ailleurs la « mission » que Wittgenstein assignait à la philosophie : ne pas donner de réponses aux questionnements ultimes (ce qui n’aurait aucun sens) mais élaguer le questionnement des « mauvaises formulations dûes à des jeux de langage intempestifs »..

Et d’ailleurs le rabbin ultime reçoit non pas Larry , mais son fils, à l’issue de sa Bar Mitzva, pour lui rendre le transistor avec lequel il écoutait la chanson des Jefferson Airplane et qui lui avait été confisqué par le professeur d’hébreu..

Il se contente de lui réciter les deux premiers versets de la chanson « Somebody to love« , dont le texte est ici :

http://www.mksnyder.org/popculture/Pop%20Music/somebodytolove.htm

« When the truth is found to be lies
and all the joys within you dies.. »

« quant tu découvres que la Vérité est juste un amas de mensonges

et que toute joie en toi meurt…. »

puis il s’interrompt et demande : « et ensuite ? »

Qu’est ce que cela veut dire : et ensuite dans la chanson ? c’est à dire :

« don’t you want somebody to love »

ou bien ensuite dans la « réalité », dans la vie du monde, après 1967 ? année qui , rappelons le, est celle de la guerre des 6 jours, et du début de la « révolution mondiale » à base de « contre-culture » ? c’est à dire du travail de sape contre tout ce qui prédominait « avant » ?

les deux sans doute !

Mais surtout ceci : s’il lui demande « et ensuite ? » il veut dire en fait : »

« et après ? ok mon garçon, toi et moi sommes dans un pays, à une époque où tout ce qui est tenu pour vérité s’est révélé être mensonge, ou toute joie même la plus innocente cache le malheur et la pourriture… mais ensuite ? qu’est ce que nous allons faire à ce propos ? mais surtout qu’est ce que TOI, jeune juif américain, tu vas faire de ça ? est ce que tu vas mener la vie de tous les américains de ton âge, consacrer toute ton énergie à amasser le plus d’argent et le plus vite possible, ou bien est ce que tu vas te souvenir de ta judéité, est ce que tu vas « écouter » ce que dit Hashem au plus profond de toi ? »

S’il lui demande « ce qui vient ensuite » dans la chanson, et ajoute juste « sois bon », c’est pour lui suggérer que seul compte l’amour du prochain, qui mène (ou pas d’ailleurs) à l’amour de D-ieu…

mais s’il demande « qu’est ce qui vient ensuite ? » : qu’est ce qui vient après cet effondrement que nous connaissons en ce moment, en 1967, de toute culture et de toute « identité »  ?

c’est qu’il veut, au fond, nous rappeler la base du judaïsme :  que la « Sagesse »  n’est pas de l’ordre des réponses toutes faites, mais que « le commencement de la Sagesse est la crainte de D-ieu »….et que D-ieu est d’abord une QUESTION abyssale…

« leçon » à envisager de façon « laïque », et que confirmerait sans doute le dernier plan du film : la tornade qui s’approche de la ville , menaçante, les enfants qui l’observent venir vers eux, fascinante image de la destruction totale de toute vie, et donc aussi des « problèmes » qui naissent de la vie en société…

Est ce à dire qu’il faut voir l’intervention de Ha shem dans ce phénomène naturel ?

ce serait là la réaction primaire, idolâtre !

mais le film ne vient il pas nous rappeler que nous sommes tous un peu idolâtres si nous manquons à ce qui est proprement humain et spirituel : le recul réflexif devant nos réactions vitales ?
 
 

 

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