AGORA

« Mon Dieu …mon Dieu… mon Dieu ! »

ainsi répétais je hier soir en boucle cette seule adresse, ce cri jailli du tréfonds de mon être, comme on s’accroche à une bouée de sauvetage… je ne l’interrompais que pour murmurer ce bref constat :

« je suis vivant…aujourd’hui je suis vivant, et je suis à Paris…ben merde alors ! »…

et tout me paraissait tellement irréel, fantomatique !

oui, à la sortie de ce film, qui à mon sentiment surpasse encore en puissance « There will be blood« , j’étais hébété, éperdu, anéanti… par tant de beauté sublime et écrasante, tant de génie, tant de noirceur aussi..

car au fond, quel film ou oeuvre d’art touchant réellement aux ressorts les plus profonds et les plus cachés de la condition humaine ne serait d’une noirceur , d’un désespoir absolu ?

J’en ai parlé ici même, de beaux et de grands, de magnifiques  films, qui sont sortis ces dernières années, tous américains, pas un seul qui soit français : « There will be blood », « Before the Devil knows you’re dead » (= 7h58 ce samedi là), « No country for old men », « Burn after reading », « The Box », « The road »..

« Agora » est européen, ou du moins réalisé par un des plus talentueux cinéastes européens cherchant l’ampleur des films hollywoodiens : certes quand on dîne avec le diable, il faut se munir d’une longue cuiller, mais Alejandro Amenabar, que je ne connaissais pas jusqu’ici, semble s’être acquitté de cet exercice périlleux sans sombrer, bien au contraire même…

http://www.critikat.com/Agora.html

le résultat est un diamant sombre, dont les facettes semblent briller et resplendir de façon inversée et « internelle« , à l’intérieur de l’âme même du spectateur…et je veux garder en moi la brûlure presqu’insupportable de ce feu adamantin..aussi n’en parlerai je sans doute pas longuement aujourd’hui, me préoccupant plutôt de « décrire » l’effet qu’il a provoqué sur moi… car il me faut parler, ne fût ce que pour me « libérer », en l’extériorisant, de cette tension « divine » et sacrée, mortelle donc, qu’il a déclenchée en moi..

à la différence des autres, celui ci élève l’âme et l’esprit, si l’on sait le voir et le « lire » comme il convient; on peut dire la même chose de « The road », « The Box », seulement ce sont des oeuvres de (science) fiction, au scénario baignant dans le fantastique, alors que celui ci porte sur l’histoire réelle du 4 ème siècle marquant la transition entre l’empire Romain d’Occident finissant et l’Empire chrétien d’Orient débutant…pour 1000 ans, jusqu’ à sa destruction par les agresseurs musulmans turcs.

j’ai beaucoup d’admiration pour le cinéma des frères Coen, mais leurs films, que j’ai commentés ici, sont strictement négatifs et « dissolvants », comme un réactif chimique : s’ils provoquent un éveil spirituel, c’est un peu comme une vision des enfers invite à refermer la trappe immédiatement et à s’éloigner, le plus vite qu’on peut…et l’on peut dire la même chose de « There will be blood », mis à part sa grandeur tragique..

« Agora » possède la même grandeur, mais il élève l’âme de manière bien plus directe et « positive »..

encore une fois : si l’on sait le lire avec les bonne lunettes, car l’on peut évidemment se contenter d’y voir ce qui en est la trame de base : critique du fanatisme religieux selon l’exemple prototypique de l’essor chrétien au 4 ème siècle finissant, et des premières persécutions anti-païennes et anti-juives….

certains, beaucoup même sans doute, se diront : encore un film jetant à la face du christianisme ses tares et ses crimes passés  (et passés depuis pas très longtemps, pour certains)…mais pas un mot sur les crimes actuels de l’Islam, ou sur les persécutions anti-chrétiennes contemporaines en terre d’Islam, mais aussi en Inde, en Chine…

bien sûr, ceci est vrai…mais au fond, si l’on arrive à reconnaître la dimension exacte de cette oeuvre, qui est (à mon avis tout au moins) rien moins que « politique » (je veux dire : touchant à la basse politique, celle d’aujourd’hui, celle qui se fait à la corbeille ou dans les boîtes chic des bobos branchés), alors on se perusadera vite que ces critiques sont dérisoires…

La supériorité du vrai christianisme, c’est justement de reconnaître ses fautes, ses crimes : non pas en vue d’une repentance obsessionnelle  et sans portée réelle, mais pour un changement radical d’orientation se traduisant en actions réelles, c’est à dire spirituelles…réellement spirituelles !

Et nul doute qu’il ne s’agisse là d’un film profondément chrétien, c’est à dire philosophique, comme d’ailleurs The Box ou The Road…

oui, je suis sorti de la salle stupéfait, abasourdi, dans un état proche de la démence….car le scénario de ce film reprend exactement le « thème » qui est l’essence de ce blog même depuis 2005, ainsi que de tous les blogs « Mathesis universalis » que j’ai créés, dont celui ci est le principal :

ce thème , c’est celui du « christianisme de philosophes » tel que défini par Spinoza, Malebranche, Fichte  et Brunschvicg : la science moderne et sa cosmologie, créée par Copernic et Kepler, correspond à la possibilité de l’émergence du christianisme véritable, c’est à dire de la philosophie véritable; la science ne vise pas prioritairement la puissance technique et économique ou militaire (bien que clles ci en soient les retombées) mais le progrès dans la religion et la piété, qui passe par l’abandon absolu et diéfinitif du moi charnel et psychologique pour le Moi spirituel tel que défini et expliqué par Brunschvicg par exemple dans le passage suivant tiré de « Raison et religion » et souvent cité ici :

« Le sentiment de notre éternité intime n’empêche pas l’individu de mourir, pas plus que l’intelligence du soleil astronomique n’empêche le savant de voir les apparences du soleil sensible. Mais, de même que le système du monde est devenu vrai le jour où la pensée a réussi à se détacher de son centre biologique pour s’installer dans le soleil, de même il est arrivé que de la vie qui fuit avec le temps la pensée a fait surgir un ordre du temps qui ne se perd pas dans l’instant du présent, qui permet d’intégrer à notre conscience toutes celles des valeurs positives qui se dégagent de l’expérience du passé, celles là même aussi que notre action réfléchie contribue à déterminer et à créer pour l’avenir. Rien ici qui ne soit d’expérience et de certitude humaines. Par la dignité de notre pensée nous comprenons l’univers qui nous écrase, nous dominons le temps qui nous emporte »

Seulement, ce thème, que j’avais sincèrement pris pour cible, j’ai complètement échoué à lui être fidèle…ainsi qu’on s’en rendra compte  tout de suite en observant les nombreux articles inutiles et polémiques, donc accessoires.

Or, être fidèle à l’Esprit, à l’exigence spirituelle qui est par nature Infinie, c’est abandonner tout ce qui est superflu : donc, notamment, tout ce qui est d’ordre « politique » !

Avez vous quelquefois été confronté à quelque chose qui ressemble à s’y méprendre à un être que vous aviez imaginé depuis des années, dans vos rêves les plus brûlants et les plus fous ?

Eh bien c’est ce qui m’est arrivé hier soir, et cet être divin, celui que je peux appeler ma « Dame céleste », et qui est la philosophie tout aussi bien que la mathématique, il m’a sauté au visage sous les traits austères mais d’une profonde beauté spirituelle de l’actrice Rachel Weisz, qui incarne dans le film la célèbre philosophe-mathématicienne-géomètre-astronome Hypathie, qui fut assassinée par les fanatiques chrétiens…faussement chrétiens bien sûr, et s’il est une leçon que l’on doit retirer du film et qui soit « dicible », c’est que le christianisme véritable, c’est à dire la philosophie véritable, il se trouvait justement en Hypathie la païenne intransigeante, qui refuse de se convertir extérieurement , pour des raisons d’accomodement politique, au christianisme et de « marchander ainsi la foi à vil prix »…et le refuse au prix du martyr, et de la lapidation….

http://fr.wikipedia.org/wiki/Hypatie_d’Alexandrie

 Nul doute qu’il ne faille voir en elle une incarnation privilégiée de ce Médiateur, dont parle Brunschvicg, et qui n’est autre que le VERBE, le CHRIST comme Raison universelle des esprits tel qu’en parle Malebranche; je l’ai souvent évoqué ici, notamment à propos de Taslima Nasreen, voir cette page  :

 http://www.blogg.org/blog-30140-page-l_incarnation_du_verbe_selon_brunschvicg-1022.html

doit on voir en le Jésus historique une incarnation spéciale, « divine », privilégiée, voire « totale », de ce VERBE ?

c’est évidemment là que se situe le « sujet qui fâche » , la pierre d’achoppement et de scandale, entre christianisme des philosophes (celui de Brunschvicg par exemple) et philosophie chrétienne, que j’entends précisément unifier selon la nouvelle perspective de ce blog depuis quelques mois…mais comme je l’ai dit, je ne parlerai pas de cela aujourd’hui…

ou seulement pour préciser que si le film semble inviter à préférer la première option (celle d’un Jésus purement humain, qui serait un sage, un Christ philosophe selon les termes de Frédéric Lenoir), nous ne devons pas oublier le christianisme sans failles d’un Malebranche qui arrive à concilier croyance catholique à la Révélation et « foi » en la Raison philosophique conçue comme lieu d’apparition du LOGOS-CHRIST et acheminement vers la religion véritable qui est tout aussi bien la philosophie véritable, dont la mathématique comme application de l’esprit à Dieu la plus pure est comme le vestibule d’un Temple…

qu’il me soit aussi permis de rappeler ce que tout le monde aura sans doute compris, mais mieux vaut prendre ses précautions : quand je parle, en termes peu flatteurs, du paganisme, de l’idolâtrie païenne (qui caractérise selon moi l’Islam comme toute déviation fanatique du judaîsme ou du christianisme), il ne s’agit pas d’insulter les individus qui se pensent comme « païens » : il en existe de nos jours, et pas seulement dans les rangs de la « Nouvelle doirte » d’Alain de Benoist (qui est à mon sens antisémite et pro-islamiste, mais ceci n’engage que moi)..

je demande sincèrement pardon à tous ceux : paîens, musulmans, juifs, athées ou chrétiens, ou autres, qui ont pu être blessés par la forme que j’ai adoptée pour dire ce que j’ai à dire, sans doute maladroitement, car mon but n’est pas de choquer mais de provoquer la réflexion, sinon l’adhésion…ceci dit je ne renie absolument rien sur le fond…

et j’ajoute à l’intention de tous ceux et celles qui se sentent choqués : ne lisez plus mon blog !

et dites vous bien que je ne suis qu’un homme, imparfait donc (bien plus imparfait que beaucoup), et qu’il est possible que je me trompe entièrement.

Mais je préfère me tromper de mon fait qu’avoir raison en suivant la foule , par lâcheté et conformisme, simplement pour ne pas avoir d’ennuis !

 Quand je suis sorti hier soir de la séance, j’étais plongé dans l’abîme de la désolation, qui peut se résumer ainsi :

« cette femme, cette femme sublime du film, Hypathie, d’une beauté austère et pudique que jamais je n’aurais pu rêver, elle me jette à la figure  la statue fracassée de mon idéal, celui qui me constituait comme être réel et auquel toute ma vie a été infidèle : car de par ma formation et mes talents, je pouvais devenir un véritable savant et non pas seulement un scientifique anonyme, un esclave de la machine du Gestell; une des figures soucieuses à la fois de science, de philosophie et de religion, qui font avancer la sagesse humaine au cours des siècles, et ne se contentent pas de collaborer à tle ou tel procédé industriel… mais j’ai tout gâché, et j’ai enterré mes talents »

 comment faire face à cela ?  alcool ? suicide ? j’ai tout envisagé !

mais en chemin, alors que je refusais les solutions de facilité qui consistent à fuir les « épaves que nous apportent la vérité en ses premières vagues », une petite voix presqu’inaudible s’est élevée peu à peu en mon âme, une voix qui disait des choses simples, que j’ai déjà dises ici, mais qui prirent peu à peu une portée immense, exactement comme le minuscule grain de sénevé de l’Evangile:

« sans doute as tu été lâche, pusillanime, acharné à la poursuite des plaisirs et des divertissements : tu es humain, donc toujours sujet à faillir !

mais la miséricorde de Dieu est Infinie, il n’est donc rien  de mondain, c’est à dire fini, qu’il ne puisse pardonner, à la condition que tu aies réellement et sincèrement l’intention de changer radicalement ton orientation vitale et spirituelle..

Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, de connaître pour chercher la connaissance…

Jamais il n’y aura d’épiphanie de la Vérité, car la Vérité n’est pas quelque chose de fixé une fois pour toutes : la vérité n’est rien d’autre que la recherche sincère, en mobilisant toutes les ressources de ton être, sans en épargner une seule, de la vérité..

à celui qui frappe on ouvrira; celui qui cherche, trouvera

tu ne m’aurais pas cherché si tu ne m’avais déjà trouvé…mais que celui qui cherche ne cesse de chercher et alors il sera bouleversé, et étant bouleversé, il sera émerveillé, de par les miracles de la Chose-Une »

et cette voix, cette Parole divine, ce Verbe, il devint peu à peu la totalité de mon être, chassant la désolation et le désespoir…

de puissantes forces me soulevaient au dessus des flots, me faisaient surmonter l’abîme, la Mer rouge.

Dieu accomplissait en moi, pour moi, sans aucune intervention de ma part, un miracle secret !

j’avais perdu à peu près toute notion de l’extérieur, mais mon corps accomplissait automatiquement les « manoeuvres » pour me ramener chez moi…

j’aurais pu dire, comme Jacob et l’être mystérieux en Genèse 28 :

« Voici, je suis avec toi, je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai dans ce pays ; car je ne t’abandonnerai point, que je n’aie exécuté ce que je te dis.

Jacob s’éveilla de son sommeil et il dit : Certainement, l’Éternel est en ce lieu, et moi, je ne le savais pas !

Il eut peur, et dit : Que ce lieu est redoutable ! C’est ici la maison de Dieu, c’est ici la porte des cieux ! »

arrivé enfin chez moi, je me réfugiai dans ma chambre et éclatai en sanglots, me mettant à genoux et joignant les mains…

plus jamais je ne serai esclave en Egypte, désormais…comment je le sais ? je le sais, un point c’est tout…c’est cela, un évènement …

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16 h 14

je n’ai pas pu m’en empêcher : je suis retourné voir « Agora » une seconde fois ! le brasier, l’incendie qui s’est enflammé en mon coeur depuis la vision d’hier soir n’a pas diminué en intensité, bien au contraire même !

mais cette seconde séance fut plus réfléchie, et m’a permis de voir des détails non remarqués hier, de voir des scènes selon d’autres perspectives.

Finissons en tout de suite avec ce qui est secondaire …. j’ai lu un peu les critiques ici ou là, sur le web, et ce à quoi je m’attendais s’avère exact : on a surtout retenu l’aspect le plus « extérieur », la critique du fanatisme religieux…message de tolérance, de multiculturalisme, « ce que nous avons en commun est plus important que ce qui nous sépare » (ce qui est d’ailleurs une des premières phrases prononcées par hypathie dans le film)..

Bien entendu , tout cela est juste, et il me semble que le réalisateur dit lui même que c’était là son but primordial : nous mettre en garde contre la montée contemporaine des fanatismes en prenant l’exemple du passé….

mais le passé peut il bien être comparé au présent ? oui et non !

l’analogue contemporain des fanatiques chrétiens du film, du 4 ème siècle donc, ce serait les fanatiques musulmans d’aujourd’hui.

A première vue cela semble juste : même violence, même ignorance, même mépris de la femme, même tendance à être certain de détenir la vérité absolue et donc à vouloir l’imposer à tous…

poursuivant dans cette voie, et ignorant comme « négligeables » les autres fanatismes religieux (hindou, juif, sectaires etc..) qui interviennent dans le jeu mondial, auxquels il faut d’ailleurs ajouter les fanatismes politiques ou ethniques, nous pourrions dire que l’Islam d’aujourd’hui, c’est le christianisme d’il y a 16 ou 20  siècles, et qui donc règnera universellement sur les prochains 2160 ans, soit la durée d’un cycle zodiacal (la fameuse « ère du Verseau », tant prisée par les escrocs astrologues-occultistes).

De même que le christianisme, finalement, s’est « policé », et a réussi à vaincre, dans des guerres de religions atroces, ses tendances « extrémistes », l’Islam va se « civiliser », et on attend une guerre interne à l’Islam, entre l’Islam des Lumières de Malek Chebel et Abdelwahab Meddeb, et l’Islam de Ben Laden. ..

cela semble couler de source, avec l’évidence du vrai…oui sauf que :

-il est faux de résumer les 2000 ans qui viennent de s’écouler comme une progression linéaire du christianisme d’une sauvagerie initiale (que l’on fera partir de l’année 325, où  je crois Constantin est devenu le premier empereur chrétien en se convertissant) vers un « sommet de spiritualité », suivie par un déclin à partir de la période des lumières qui nous mène jusqu’à la quasi -disparition actuelle…d’ailleurs il n’y a pas de disparition, le christianisme ne cesse de s’étendre, certes pas en Europe de l’Ouest, mais dans les pays du tiers monde, ou certains d’entre eux, là en tout cas où l’Islam et sa violence ne le bloquent pas..

mais quand se situerait ce sommet ? au moyen Age ou bien au 17 ème siècle ? ou alors avant 325 ? personne ne s’accordera, j’en ai bien peur, sauf peut être sur un point que bien évidemment je refuserai toujours, et toutes les personnes censées de même : ce diagnostic, ce serait le jugement islamique ou juif , qui est que le christianisme est une falsification du monothéisme, et que c’est l’Islam qui est la véritable religion agréée par Dieu. Ou bien le judaïsme …mais il est vrai que les juifs cultivés ne sont pas aussi « simplets » que les islamistes : ils ne clament pas être en possession de la vérité universelle, simplement ils refusent d’admettre que le Jésus historique était le Messie, et attendent encore celui ci

et puis au fait :  de quel christianisme parlons nous ? celui des télévangélistes américains, qui a actuellement le vent en poupe ? mais est ce encore le christianisme ? qu’a t’il de commun avec le catholicisme romain, ou l’orthodoxie slave ?

-quant à l’Islam, de l’aveu même des « experts » musulmans ou islamophiles, il a connu son « âge d’or » du 7ème ou 8 ème siècle jusqu’au 10 ème, ou 12 ème, les avis divergent, et depuis il a connu un déclin…alors pourquoi, par quel miracle, ce déclin prendrait il fin ?

mais il est vrai que les miracles sont par nature incompréhensibles….

et puis quel Islam là aussi ? celui des shiites, qui attendent le Mahdi, ou celui des sunnites ?

non ! sortons de ce cercle vicieux ! personne ne peut prétendre savoir ce qui va arriver sur les 2000 ans qui viennent, concernant l’Histoire de l’humanité…la seule oprévision fiable, c’est celle des mouvements de certains astres, et encore pas tous..

 Comme le dit Saint Augustin je crois, le christianisme a existé de tous temps : il est le processus de spiritualisation progressive de l’humanité, se faisant jour à travers les horreurs et les massacres de l’Histoire qui est la « vallée des ossements », selon et sous la conduite de la « ruse de la Raison » hégélienne…

il est présent en tous : païens, « athées », « chrétiens » de toutes obédiences, juifs, musulmans….personne ne peut se dire « chrétien », ou seulement quelques rares êtres d’exception…au fond, l’état de « chrétien », c’est celui de l’homme qui s’est totalement renoncé à lui même, et qui vit pour Dieu et selon Dieu, de la vie divine, indépendamment de la forme des rites et des cultes éventuels auxquels il se soumet.

Et c’est une des thèses fondatrices de ce blog qu’un des piliers essentiels de ce christianisme idéal, ce christianisme de philosophes si l’on veut, est la « christianisation de l’intelligence collective » opérée par les philosophes-savants du 16 ème et 17 ème siècles : Copernic, Galilée, Kepler, Newton, Descartes… auxquels il faut sans doute adjoindre Giordano Bruno, Nicolas de Cuse, et d’autres…

Il est piquant de remarquer que la brillante philosophe Hypathie, dans le film commence son cours avec des propositions cosmologiques aristotéliciennes et ptoléméennes que n’importe quel enfant de 8 ans de nos jours, s’il lit les revues adéquates, n’aurait aucun mal à réfuter : que la Terre est le centre du cosmos , et immobile, que les étoiles et les « errants » sont caractérisés par le mouvement circulaire qui signe la perfection du monde « supra-lunaire », alors que le monde où nous vivons se signale par le mouvement rectiligne (la chute des corps) et l’imperfection..

et pourtant nous aurions tort de nous vanter et de nous montrer méprisants : car nous ne devons nos connaissances physiques et cosmologiques (qui elles mêmes seront supplantées un jour par une théorie meilleure) qu’aux travaux des géants du 17 ème siècle, qui eux mêmes s’appuient sur les recherches de ceux qui les ont précédés.. »nous sommes des nains montés sur les épaules de géants »..

Comme le dit à un moment du film Synésios de Cyrène, l’évêque, ancien élève d’ Hypathie, elle est aussi chrétienne que lui et Oreste (le préfet si « pragmatique » qui ne s’est converti que par convenance politique, un peu un Sarkozy de ce temps là, en somme, mais nettement plus sympathique que le gnôme de l’Elysée)… mais alors pourquoi jouer la comédie de la conversion « extérieure » ? pour amadouer la populace fanatisée, ou du moins la fraction d’entre elle qui peut être utilisée par le pouvoir en place…

des raisons que méprise à juste titre la philosophe ! la foi , la piété ne se marchandent pas…comme nous le répétons ici depuis si longtemps, la « conversion véritable », la conversion spirituelle, n’a rien à voir avec la conversion extérieure à une religion ou une autre !

Hypathie apparaîtra à beaucoup comme une mathématicienne-astronome plutôt que comme une philosophe. Mais pour nous elle est pleinement philosophe, si du moins nous nous rappelons que la philosophie est née, au 6 ème siècle avant notre ère, soit mille ans avant l’époque d’Hypathie, des recherches des « physiciens » ioniens sur les phénomènes naturels.

Pourquoi cette obsession du cinéaste à filmer périodiquement des plans du cosmos et de l’espace interstellaire ?

Certes pour traduire par un procédé visuel simple le sentiment de tout spectateur sain : s’élever au dessus des horreurs qui se déroulent dans cette ville d’Alexandrie.

il est d’ailleurs intéressant de noter que les frères Coen, au début et à la fin de « Burn after reading », emploient le même procédé : il s’agit de suggérer que les hommes ne sont que des fourmis munies d’une intelligence théorique et dd’un langage articulé, et des mathématiques nécessaires à l’élaboration debilans (truqués bien sûr)..

et Amenabar suggère la même chose au moment de la mise à sac de la bibliothèque d’alexandrie, en accélérant brusquement le mouvement des personnages vus en surplomb : bursquement, on croirait voir des fourmis affairées (à détruire et voler, ou à brûler)…

seulement la comparaison s’arrête là !

« Burn after reading » n’offre aucune issue à la médiocrité des occidentaux actuels, à leurs petites coucheries veules.

Amenabar, lui, nous présente Hypathie, comme exemple même de celle qui est extérieurement païenne, mais en fait chrétienne (spirituellement, pas cultuellement), c’est à dire philosophe, se situant à la pointe extrême de l’avancement  de l’Intelligence collective.

Et nous savons bien que ceux que l’on appelle « paîens », en tout cas les gens cultivés parmi eux, ne croyaient plus aux « dieux » sous leur forme ridicule et « réaliste », celle de la populace ignorante…et d’ailleurs le « christ » de la populace de l’autre côté n’est pas plus clément ni juste que ces « dieux » de l’ancien paganisme (qui dans le film ne sont plus ceux de Rome, mais ceux d’un syncrétisme égypto-oriental)….

la ligne de partage de l’intelligence et de la rupture avec l’ego charnel, celle qui sépare entre les dieux comme idoles et le Dieu de la religion philosophique, elle ne passe pas entre chrétiens et païens, entre monothéisme et polythéisme : elle passe entre les dieux envisagés comme « dealers », censés nous envoyer bonheur, santé et richesse et nous éviter pertes, malheurs et catastrophes, et le Dieu de la spiritualité pure, qui n’est accessible que par le renoncement total au moi charnel..

et ce renoncement exige que l’on abandonne la croyance en la Terre comme centre du cosmos : le cosmos moderne, celui qui provient de la christianisation complète de l’intelligence scientifique au 17 ème siècle, n’a plus de centre…ce qui faisait tellement peur à Hypathie, mais qu’elle finit par admettre, anticipant de 12 siècles (dans le film, je ne sais pas si cela correspond à la réalité) les découvertes de Kepler sur la trajectoire elliptique des planètes…

 il est vrai qu’il restera après à accepter que même le soleil n’est pas un centre du Tout, pais une étoile parmi bien d’autres dans une galaxie particulière, elle-même située au milieu d’innombrables autres galaxies…

Le centre est partout, et la circonférence nulle part…et le centre est nulle part, et la circonférence partout… sortir du cercle, qui n’est qu’une ellipse particulière, qui n’est qu’une conique particulière, qui n’est qu’une courbe algébrique particulière…

ce qui est suggéré ici, c’est que la mathématique n’est pas seulement, comme le croit Paul Jorion, une collection de physiques virtuelles….

La mathématique, selon la vision de Saint Thomas et de la scolastique européenne, se situe parmi les sciences spéculatives, entre la physique , science des corps naturels, en mouvement, et la métaphysique, science des « êtres premiers » (non mus par autre chose).

La mathématique , ou la mathesis est le premier jalon du monde spirituel, après la physique, du monde des « meta ta physica » donc…

Et les plans répétés du cosmos n’ont pas seulement , chez Amenabar, pour but de suggérer que les hommes ne sont que fourmis… bien qu’effectivement, pour la plupart d’entre eux, on puisse se poser la question…

ces plans, tous très beaux et d’une majesté sublime, sont là pour « mettre en image symbolique » l’objectivité spatio-temporelle, dont la science moderne permet de fournir un modèle satisfaisant, ce qui est en même temps un appel à passer du plan de l’objectivité au plan de l’Etre, du Sujet : de l’extériorité spatio-temporelle à l’intériorité, du monde physique au monde spirituel..

de la géométrie euclidienne des Anciens à la géométrie algébrique moderne , qui commence avec Descartes ! 

Le « salut » (par la connaissance réflexive) ne se situe pas dans telle galaxie ou dans un « au delà » de toutes les galaxies, car pour autant que nous le sachions il n’y a pas un tel « au delà »

 les « dieux » se situent dans l’intériorité qui est celle du « monde spirituel », le « salut » est en nous,  il passe par la descente en nous mêmes, et la mathesis, comme le démontrent Platon et Hypathie, Descartes , Spinoza , Malebranche et Brunschvicg, ou même Rudolf Steiner et l’anthroposophie, est un jalon nécessaire , un premier jalon  pour accéder à ce monde spirituel, qui est le Royaume des cieux dont parle l’Evangile

« Le Royaume des cieux est en nous »

« nul n’entre ici s’il n’est géomètre »

Voilà pourquoi Hypathie est tout à la fois véritable philosophe, et véritable chrétienne : non pas parce qu’elle détiendrait une « vérité » cachée à la foule, mais parce que dans sa recherche incessante, sa remise en question incessante de ce qu’elle a « trouvé », elle s’achemine vers la vérité, ou plutôt elle prend part au processus infini de la recherche de la vérité qui est la Vérité elle même : Dieu..

comme le dit l’hymne IX de Synésios de Cyrène, auquel le film le rend pas tout à fait justice, c’est même le seul (léger) reproche que l’on peut lui faire:

« va ô mon âme; bois à la source d’où découile le bien; après avoir supplié le Père, monte vers lui, ne tarde pas, laisse à la terre ce qui est à la terre; alors bientôt, confondue avec le Père, dieu dans Dieu même, tu pourras participer au choeur divin »

Oreste le pragmatique préfet d’alexandrie, ancien élève et amoureux d’Hypathie, lui demande à plusieurs reprises pourquoi cette recherche obsessionnelle pour savoir si la Terre est immobile ou en mouvement.

Ce qu’elle ne dit pas explicitement, mais que nous pouvons peut être poser ici , à titre d’hypothèse (folle, certes) c’est que la Terre, ou le plan de l’objectivité spatiale qui est celui des vivants humains qui sont aussi les, ou LE, Sujet qui constitue la science et la philosophie, peut être envisagée comme symbole d’autre chose, d’un plan non plus physique, mais « meta ta physica »…

Nous savons maintenant que la Terre est en mouvement, et Oreste, l’éternel sceptique-libertin, qui est au fond athée, sans le savoir certes, bien que chrétien par pure convenance politique, Oreste demande à quoi cela nous avance de le savoir…

peut être pouvons nous lui répondre que cela nous sert à transposer cette « vérité », sous forme cette fois d’hypothèse et de « schéma provisoire » de recherche, du plan objectif-physique au plan métaphysique…

La Terre, sol de toute vie physique, c’est à dire « naturelle », cède la place au sol de toute vie hyperphysique, spirituelle : la Vérité, l’espace des vérités…

et l’hypothèse folle s’énonce alors :

la Vérité est elle en mouvement ? Dieu vit il, change t’il, évolue t’il  ? les vérités « éternelles » de Descartes changent elles ? meurent elles? se transforment elles ?

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