L’échelle de Jacob

poursuivons avec l’image employée dans l’article précédent : nous sommes tous des naufragés, tombés de je ne sais quel bateau , à la mer; ce bateau a sombré, tel le Titanic , mais notre sort est encore plus désespéré que celui des pauvres gens du 14 Avril 1912 car nous n’avons même pas de canots de sauvetage; nous nous débattons tous dans la mer en furie, n’ayant pour seul « espoir » qu’une mort rapide qui mettra fin à nos souffrances; mais cette mort nous terrifie, alors qu’elle devrait au contraire, si nous étions des êtres rationnels, nous sembler une issue souhaitable…

Telle est notre situation !

mais au fait, quel était ce navire, duquel nous sommes tombés à la mer, et qui a disparu sous les flots ? je n’en sais rien !

peut être le bateau, qui fait eau de toutes parts et représente dans la petite fable d’Otto Neurath, fondateur du Cercle de Vienne, le navire de la civilisation scientifique moderne(puisque, je le rappelle, le Cercle de vienne entendait favoriser et produire l’émergence d’une conception scientifique du monde); l’eau qui s’infiltre dans ce nouveau  Titanic , ce sont les erreurs, approximations et défauts des différentes théories scientifiques (comme la Relativité, la théorie quantique des champs, etc..) qui en apparence marchent bien mais sont en fait menacées à un nombre grandissant de faits qui ne peuvent être expliqués dans le cadre de la théorie.

Une théorie est scientifique si elle est réfutable : cette caractérisation de Popper est connue, mais ce que l’on sait moins, c’est que l’on ne va pas changer de théorie à tout bout de champ parce qu’il y a quelques faits qui ne sont pas en accord avec les prédictions de la théorie.

En fait, il semble que la science procède par bonds, par révolutions brusques (les « paradigm shifts » de Thomas Kuhn) : des exemples  de ces sauts sont la révolution copernicienne-galiléenne-newtonienne , et la révolution de la relativité d’Einstein, et de la mécanique quantique de Planck, au 20 ème siècle.

Otto Neurath dit, dans son petit apologue, qu’il serait illusoire d’espérer rentrer en cale sèche pour réparer le navire : car il n’y a pas de port pour la civilisation ! il faut réparer, colmater les brèches, en haute mer, dans la tempête!

il ne serait donc pas étonnant que ce navire connaisse le sort du Titanic ! et c’est en fait ce qui a eu lieu, dans notre petit « rêve » : nous sommes donc des noyés en sursis, ne pouvant compter sur aucun secours « humain », puisque l’humanité, c’était le Navire !

et voilà qu’apparait un hélicoptère, envoyé du ciel, comme il est bien normal pour un engin volant, et l’on nous jette une échelle de corde pour que nous puissions la saisir et nous sauver ainsi de l’engloutissement inéluctable.

Complexifions un peu notre « conte » : il y a plusieurs compagnies d’hélicoptères, car un seul ne va pas suffire : dans ce naufrage de la civilisation, qui, soyons lucides, est en train de se produire, nous sommes quelques milliards à nous noyer ainsi !

les compagnies concurrentes correspondent aux religions; seulement le problème, c’est que plusieurs portent le même nom, il y en a plusieurs qui s’appellent « christianisme », « plusieurs qui s’appellent « philosophie », plusieurs qui s’appellent « Islam », ou « bouddhisme », ou « hindouisme » etc…

Un axiome de ce blog est celui ci : il n’y a qu’une seule voie vers la vérité et vers Dieu, c’est ce que nous appelons ici « christianisme de philosophes » qui est en fait l’union indissoluble de la philosophie et du christianisme.

On nous taxera certainement de fanatisme, d’occidentalo-centrisme, tant pis ! de toutes façons nous sommes tous en train de nous noyer, alors ne perdons pas de temps avec les injures !

notre sort de naufragés est vraiment terrible : non seulement nous devons surnager dans l’eau glacée, épouvantés par la mort prochaine qui nous guette, mais en plus nous devons nous concentrer, faire preuve de discrimination et d’intelligence dans nos jugements, refuser les échelles jetées par les mauvaises compagnies, et attendre d’avoir à portée de main une échelle lancée par un des hélicoptères de la seule bonne compagnie : celle du christianisme véritable, l’échelle s’appelant « philosophie ».

il est vrai que nous sommes aidés par l’observation de nos compagnons d’infortune : nous en avons vus beaucoup , qui se saisissaient des échelles lancées par un hélicoptère de la compagnie « Islam », ces échelles étaient attirantes, semblant faciles d’accès, avec des barreaux larges et rapprochés ; et nous avons vu quel sort affreux était le leur, arrivés à mi-échelle les barreaux se rompaient, et ils basculaient dans la mort ignominieuse des terroristes, ou des désespérés.

 Nous voyions bien qu’ils ne rompaient pas avec l’esprit de fornication, ce qui les conduisait à retomber à la mer déchaînée des pulsions : même s’ils continuiaent à s’appeler « musulmans », et à s’estimer seuls croyants véritables du seul vrai Dieu, ce n’en étaient pas moins des athées, cédant à leurs pulsions animales, et si par exemple il arrivait que leur femme les trompait (ce qui est fort facile à comprendre, compte tenu de leur attitude envers elles), ils les battaient, voire même les tuaient, et finissaient en prison…

Imaginons que nous avons la chance de pouvoir saisir une échelle lancée par un « bon hélicoptère du christianisme véritable » : cette chance il ne faut pas la laisser passer!

nous nous hissons donc sur le premier barreau de l’échelle, qui je le rappelle est la constatation que le fait de l’existence de quelque chose comme la science moderne « prouve » Dieu.

Expliquons le sens de l’image : cette constatation suffit à nous faire pressentir, puis comprendre, qu’il y a « autre chose » que la mer déchaînée des instincts et des pulsions « naturelles », un « monde de l’esprit », qui ne se limite pas bien sûr à la science, mais dont l’entrée nous est permise par la clé qui est celle que je viens de décrire : puisqu’ il y a quelque chose tel que la science moderne , celle qui est née au 17 ème siècle, alors il y a autre chose qui est « supérieur » à ce monde de la lutte des égoîsmes et des pulsions animales, ce monde de la naissance et de la mort.

appelons ce « quelque chose autre » : monde spirituel .

Grimper les barreaux de l’échelle cela s’appelle : nous élever dans le monde spirituel, par nos propres forces pour l’instant : certes nous devons rendre grâce à ceux qui nous ont jeté l’échelle, mais maitenant c’est à nous seuls de faire l’effort de grimper jusqu’à l’hélicoptère qui s’appelle « christianisme ».

(à partir de maintenant, quand je dis « christianisme », je veux dire « christianisme de philosophes »).

Une fois arrivés jusqu’à l’hélicoptère « christianisme », si jamais nous y arrivons, ce qui est douteux, car nous sommes si faibles que nous risquons à tout instant de lâcher l’échelle, nous continuerons notre ascension, mais bien plus vite et plus haut, grâce à la puissance de l’hélicoptère !

J’insiste encore une fois : ce n’est pas la science, ou une théorie scientifique qui « prouve » l’existence de Dieu ou de ce « monde spirituel », si je disais cela je ne serais rien d’autre qu’un de ces innombrables neuneus-gourous qui s’improvisent chefs de sectes, dans un but que nous connaissons tous, et qui est tout à fait mondain : l’argent, et le pouvoir sur les autres…non, la « preuve », c’est le fait que l’humanité ait pu créer quelque chose comme la science moderne, qu’aucune espèce animale « naturelle », soumise à ses instincts naturels, n’aurait pu créer.

C’est donc que l’humanité n’appartient pas seulement à ce monde « naturel » de la naissance et de la mort, qu’elle appartient aussi à un « autre monde », le monde spirituel :

 l’homme a une double citoyenneté !

appelons pour l’instant « Dieu » cet « autre monde », supérieur à celui des pulsions naturelles égoïstes, dans la même mesure où la physique moderne explique mieux ce qui arrive que les chamanes asiatiques et les sorciers africains, ou bien que l’ancienne physique aristotélicienne qui avait cours avant la révolution copernicienne.

Nous avons donc posé le pied sur le premier barreau, ça tient, c’est du solide, vous pouvez y aller : tous les vrais philosophes et les vrais savants, depuis Descartes jusqu’à Einstein, vous garantissent la solidité à toute épreuve de ce barreau.

Seulement, une fois en cette position, allons nous en rester là ?

c’est une tentation !

 bien sûr , ce n’est pas une situation très confortable, nous sommes encore en pleine tempête, mais nous sommes soutenus par le vol de l’hélicoptère, il nous semble que comme nous ne nous fatiguons plus, nous pouvons rester ainsi ad vitam aeternam, au moins nous ne sommes plus dans l’eau, en danger de nous noyer à tout instant !

rappelez vous que nous sommes des êtres qui venons de sortir, encore trempés,  de la mer de l’athéisme, grâce à la miséricorde divine qui nous a lancé l’échelle : mais nous sommes encore si faibles, si épuisés par la longue lutte que nous avons dû soutenir dans « l’eau glacée du calcul égoïste« , qui n’est autre que la mer de l’athéisme !

Dieu est miséricordieux, il connaît notre faiblesse : il nous pardonnera certainement de nous reposer un peu !

seulement non seulement nous sommes faibles, mais nous sommes encore des êtres foncièrement immoraux ! sortir de la mer de l’athéisme, cela consiste entre autres à prendre conscience des horribles précipices où nous mènent nos pulsions animales : gloutonnerie, fornication, alcoolisme, toxicomanie, égoïsme, orgueil, colère, etc…

mais on ne s’en débarrasse pas comme ça !

ce n’est pas parce que l’ivrogne sait les terribles effets de l’alcool sur son corps et son esprit qu’il va arrêter de boire du jour au lendemain !

Oui, nous sommes encore foncièrement immoraux et méchants, et la preuve en est que nous ne restons pas sur ce premier barreau uniquement pour nous reposer un peu : nous y restons parce que nous voyons nos camarades restés dans l’eau se noyer devant nous, et que ce terrible spectacle, bien sûr nous attriste, mais en même temps nous remplit d’une joie « inconsciente » : au moins , nous, nous avons évité cette mort affreuse !

mais le spectacle des autres, qu continuent à se débattre dans l’eau en appelant à l’aide, nous remplit aussi d’une joie ignoble qui est, elle, tout à fait consciente : nous nous sentons « supérieurs à eux« , nous qui avons juste la chance d’avoir posé le pied sur le premier barreau !

nous oublions ainsi que c’est à Dieu que nous sommes redevables, et que Dieu aime nos compagnons qui sont restés dans l’eau autant que nous, plus que nous même : car leur sort est plus affreux que le nôtre.

Et s’ils sont dans l’eau, et nous sur l’échelle, ce n’est pas que Dieu en ait voulu ainsi : il est expliqué dans Malebranche que Dieu a établi des Lois générales de la création, et décidé une fois pour toutes que tout phénomène devait se soumettre à ces lois !

bien sûr, nous faisons un effort personnel, et de cela nous pouvons et devons être fiers : mais c’est pour la gloire de Dieu seul, car à Lui reviennent toutes les louanges.

Que devons nous faire ? nous reposer un peu certes, mais pendant ce temps ne surtout pas mépriser nos camarades restés dans l’eau; au contraire faire tout ce que nous pouvons pour les aider, leur dire qu’il y a une autre échelle là bas, menant au même hélicoptère qui appartient à la bonne compagnie, que s’ils se dirigent vers elle ils pourront la saisir , etc…

et pour ceux qui se noient sous nos yeux, être là, leur tenir la main,  les aider par notre amour à supporter ce dernier instant…

Le mot qui nomme le second degré de l’échelle a été dit : c’est l’amour, l’amour universel pour toute l’humanité, sans rien attendre en retour (et surtout pas l’amour sexuel, qui est une passion athée, propre à ceux qui se débattent encore dans la mer)…

par l’attitude qui vient d’être décrite, nous commençons donc déjà l’ascension qui va nous faire accéder au second barreau… et rappelons nous aussi que cette échelle n’est pas destinée à nous seul : d’autres doivent y grimper à notre suite, nous devons donc faire aussi vite que possible, passer le plus vite possible du premier au second degré, pour que d’autres puissent se saisir à leur tour de l’échelle et monter au premier barreau, prenant notre place que nous veons de libérer…

cette image me plait : c’est notre devoir moral de grimper aussi vite que nous pouvons, mais en faisant bien attention aussi de ne pas aller trop vite, car dans ce cas nous retomberions dans la mer !

courage moral accompagné d’intelligence et de discrimination juste dans les jugements !

 seulement ici se présente un troisième danger, terrible : il y avait la paresse, et la médiocrité,  qui nous encourageaient à ne plus bouger, à rester sur ce premier barreau sans plus faire aucun effort, nous reposant entièrement sur la miséricorde divine.

il y avait l’orgueil et la méchanceté, qui nous encourageaient à y rester pour pouvoir observer le sort affreux de nos camarades restés en pleine mer, et nous juger ainsi « supérieurs à eux »…

mais maintenant se présente le doute sur nos capacités : allons nous être capables de nous élever à ce second barreau ?

car nous savons bien, au fond de nous, combien nous sommes pitoyables , faibles, minables, et nus !

le premier degré concernait la science, l’intelligence, les théories scientifiques, et philosophiques : cela, nous savons faire, toute notre éducation a façonné notre intellect, et lui seul !

Mais l’amour ? grand Dieu, comment allons nous faire ? nous savons très bien, au fond de nous mêmes, que nous sommes des êtres secs et froids, aux coeurs endurcis, incapables d’aimer qui que ce soit au fond, même pas nous mêmes, alors les autres encore moins, et Dieu n’en parlons même pas…

notre séjour prolongé dans « les eaux glacées du calcul égoïste » nous a rendus des coeurs de pierre, incapables de nous libérer de notre carapace d’égoïsme et de crainte, et de nous ouvrir sincèrement à l’autre…

nous nous sentons donc incapables de grimper jusqu’à ce second barreau de l’amour : et d’autant plus que cela impose de rompre définitvement avec les simulacres de l’amour, avec ses singeries, avec le sexe et la fornication donc…

inutile de cacher cela sous le beau mot d’amour romantique, en vue du mariage et de la fondation d’une famille, nous savons bien que ces choses là ne sont pas pour nous, naufragés de l’ère moderne : ce que nous cherchons, c’est notre ignoble satisfaction sexuelle, ainsi que l’orgueil d’avoir ajouté une nouvelle « proie » à notre tableau de chasse.

Et nous nous soucions comme d’une guigne de la pauvre femme qui nous aimait sincèrement et que nous aurons ainsi ignoblement trompée !

retomber dans ces errements sexuels c’est lâcher l’échelle et retomber à la mer !

sommes nous assez forts pour rompre délibérément avec ce faux amour, pour trouver le véritable amour, totalement désintéressé, et accéder ainsi au second barreau de l’échelle ?

sommes nous assez forts pour accomplir la tâche que Brunschvicg, dans les années 30, fixait à l’humanité intellectuelle : par l’ expansion infinie de l’intelligence accéder à l’absolu désintéressement de l’amour ?

il nous semble que non !

notre seule issue, c’est alors de remercier Dieu pour l’aide qu’Il nous a apportée, et de Le prier humblement de nous aider à grimper, et à ouvrir notre coeur à l’Amour universel…

Lui seul peut ici nous aider, car nous, une fois sortis de nos bouquins et de nos théories, nous sommes complètement impuissants et incapables !

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