Extérieur nuit : A VOMIR !

J’ai été voir ce film datant d’il y a trente ans, en me rappelant la belle chanson de Bernard Lavilliers, qui a le même titre :

Extérieur Nuit

Toi le rôdeur, tu cherches un blues dans la rue des Lombards
Peut-être un ami accroché au bar
Qui lui aussi a une poussière dans l’œil
Au bout du bar, iI y a toujours un grand pianiste blême
Qui ne sait chanter que ces trois mots je t’aime
On peut
danser

quand on est bien, allez viens, viens, viens
Oh! forcené, qui tous les soirs jusqu’au bout de la nuit
Garde l’espoir, l’espoir d’une autre vie
Un grand amour, un moment de folie
Oh! forcené, tu tends les mains, mais personne ne les prend
Et tu t’en tires toujours en ricanant
Et tu t’en vas dans les poubelles, belles, belles

Le jour se lève et t’y peux rien, le jour se lève et c’est demain
Le jour se lève, on est tout seul, on a la fièvre, on fait la gueule

Je me reconnais, croché au bar dans la nuit du Sunset
Avec ma paille plantée au fond d’un Get
Je me dis peut-être, je vais enfin savoir
Savoir pourquoi, toutes les nuits j’attends un jour de plus
Les lieux communs qu’on échange et qui tuent
Encore un verre j’entends la mer! Je sais qu’elle m’attend
Elle ne dort pas dans son grand lit glacé
Je sais très bien qu’il vaudrait mieux rentrer
Encore une heure, on sait jamais!

Le jour se lève et t’y peux rien, le jour se lève et c’est demain
Le jour se lève, on est tout seul, on a la fièvre, on fait la gueule.

 

 

mais las, pas trace de la chanson (qui date de plusieurs années après) dans le film…que dire de ce dernier ? qu’il faut le voir comme archétype de la veulerie, du cynisme de cette époque de la fin des années 70, où la France se préparait à basculer dans les années qui devaient changer la vie, mais qui ont en fait été les années du fric vite gagné et assumé , les années Tapie…. ainsi que les années qui ont marqué l’entrée en force de la morale dans les rapports de force en politique. Morale et argent roi font très bon ménage, comme chacun sait, sous la couette « hypocrisie »…

Léo (Gérard Lanvin) est un musicien de jazz, gagnant de l’argent mais préférant vivre aux crochets de sa copine, tout en lui reprochant d’avoir un « boulot à la con »…ayant un sursaut de fierté, il la quitte pour aller vivre…chez son pote Bony (André Dussolier), qui vivote lui aussi sans le sou, mais se trouve avoir un « appart » : Leo est anar, mais coucher dehors merci bien !

La scène où Léo arrive chez Bony, sans être invité, vaut le coup , pour comprendre cette époque et ce pays : Léo se sert en vodka dans le frigidaire sans demander la permission, Bony lui dit d’un ton qui se veut ironique : « fais comme chez toi !… au fait que me vaut l’honneur de ta visite ? »

et l’autre : « faut que j’habite ici quelques temps!… tiens sers moi un verre de vin »

Bony : « sers toi toi même, tu sais où c’est! »

Leo (ironique): « non, tu es le maître de maison »

quelle belle chaleur humaine ! quelle belle pratique de la charité ! mais il est vrai que nous sommes à cette époque d’abaissement maximalque stigmatisait Gilles Châtelet dans « Vivre et penser comme des porcs » , qu’il a écrit quelques années avant de se suicider!

Puis Bony explique, en voix off, comment ils se sont rencontrés…lors de Mai 68 bien entendu :

 « j’étais dans la rue , soudain un jeune étudiant chevelu à l’air un peu ahuri me passe un pavé…que j’ai repassé immédiatement à une fille , blonde, qui avait de beaux nichons…on a continué comme ça à se passer des pavés, pour édifier la première barricade de la rue de la Montagne Sainte Geneviève le 10 mai 1968… c’est comme ça qu’on s’est connus »

oui, vraiment, un bel exemple d’amitié, qu’à coup sûr Cicéron aurait apprécié !

Bony explique ensuite à Leo son « mode de vie », dont il semble très fier : travailler un minimum, imiter le plus possible le végétal, avec comme idéal de ressembler à un minéral : sans aucun mouvement, ni aucune vie apparente, et bien sûr sans aucune conscience !

Le film raconte les « exploits » de ces deux héros : virées dans un Paris nocturne blafard, filmé par l’excellent Pierre William Glenn (c’est bien le seul qui soit excellent dans ce film), à boire et à errer…

Léo rencontre Cora (jouée par l’actrice au nom prédestiné Christine Boisson, qui avait débuté quelques années avant dans « Emmanuelle ») : je dis « au nom prédestiné » car son personnage, Cora, est une fille complètement paumée , exerçant sans grande motivation le métier de chauffeur de taxi de nuit, dont le seul loisir semble être de boire des alcools dans des bistrots , ou des bouteilles de vins qu’elle vole dans des caves.

Désireuse de mettre de côté un peu d’argent pour changer de ville, à défaut de vie, elle agresse certains de ses clients (des hommes, blancs) pour leur voler leur portefeuille, en les tabassant…elle a d’ailleurs le look « androgyne », et « métissé » (quelques années plus tard, la vogue des « beurettes » commencera, vers 1983), et se vante d’être « rebelle » et « indépendante » comme un « mec ».

Si elle n’agresse pas Leo mais couche avec lui (dans son taxi) , c’est que celui ci lui déclare « n’avoir peur de rien, car il n’a pas d’argent »…

Elle couchera aussi avec Bony, d’ailleurs là encore la scène vaut le déplacement : elle arrive chez bony sans être invitée, Leo n’est pas là, Bony lui propose un café, elle demande plutôt à prendre un bain…

nos deux « personnages » sont en conversation, lui voit les seins de la jeune femme émerger de temps en temps… pour être chômeur professionnel on n’en est pas moins homme, il tente de la caresser, elle le renverse dans l’eau en lui jetant au visage sa « profession de foi » de « femme libérée des années 70  » :

« fais gaffe Bony, moi je baise avec qui je veux et quand je veux »

il suffit qu’il dise « d’accord, je comprends » pour qu’elle lui dise « allez, maintenant j’ai envie », sur le ton dont on parle à un domestique…et lui ne se fait pas prier !

oui, vraiment, une belle humanité !

à la fin elle lui volera tout son argent, 1000 francs, qui représentaient une avance pour un « job » qu’il avait enfin décroché…les deux amis recevront pour toute explication une carte postale envoyée de la région de Marseille, où la jeune femme s’est installée..

Bony récite : elle ne s’était pas foulée : juste deux lignes qui disaient « sans rancune j’espère, et à un de ces jours peut être« …

effectivement, on n’est pas encore au nivezau de Mme de Sévigné !

et le film finit sur la voix de Bony : « non, ne t’inquiète pas Cora, je ne suis pas rancunier » (ça on avait compris !) « j’espère qu’elle a arrêté ses conneries, mais je n’y crois pas trop »

passer à tabac un homme pour lui voler son argent, il appelle ça « des conneries »  !

Au fond, les modernes et contemporaines « racailles », qui ont érigé ce « mode de vie » en religion, ne sont ils pas les héritiers de l’esprit « transgressif » de ces soixante-huitards attardés dont le seul idéal dans la vie était de « picoler » et de vivoter sans rien foutre ?

d’un côté ceux qui vivent dans la non violence aux crochets de la société, en tant que « faux chômeurs », et de l’autre les racailles (dont le film « La haine » constituera le panégyrique 13 ans plus tard)…

et la culture, et l’esprit dans tout cela ?

ah oui : dans la « zique », rock, jazz, et bientôt rap..

30 ans plus tard, on voit le résultat de tous ces beaux discours : un endettement public abyssal , une « substitution » de populations , et les « problèmes des quartiers » qui ne font que croître et embellir…

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